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IA et ressources humaines : risque pour les entreprises… ou véritable opportunité ?

Photo du rédacteur: Nasrallah Nasrallah
Nasrallah Nasrallah
10 juil.
4 min de lecture

L’intelligence artificielle prend progressivement sa place dans les pratiques RH.

Recrutement, gestion administrative, formation, analyse des compétences, aide à la rédaction, suivi des indicateurs sociaux…


Les usages se multiplient.

Mais une question reste essentielle :


L’IA doit-elle remplacer les décisions RH ?


À mon sens, la réponse est non.


L’IA ne doit pas remplacer l’humain. Elle doit l’aider à mieux décider.

Dans une entreprise, les ressources humaines reposent sur des sujets sensibles : les candidats, les salariés, les données personnelles, l’égalité de traitement, la qualité du

dialogue social.


Utilisée sans cadre, l’IA peut créer des risques.


Mais utilisée avec méthode, elle peut devenir un véritable levier de performance, de conformité et d’accompagnement.


Quelques opportunités concrètes :

gagner du temps sur les tâches administratives ;

mieux structurer les processus de recrutement ;

analyser plus rapidement les besoins RH ;

améliorer le suivi des compétences ;

accompagner les managers dans leurs prises de décision ;

renforcer la qualité des contenus RH et de la communication interne.

Mais cette opportunité doit être encadrée.


1. Utiliser l’IA sans contrôle humain

L’un des premiers risques est de laisser l’outil décider seul.

En RH, une décision automatisée peut avoir un impact direct sur une personne : candidature écartée, profil mal évalué, salarié mal orienté, situation mal interprétée.

L’IA peut proposer.

Elle peut analyser.

Elle peut faire gagner du temps.

Mais la décision finale doit rester humaine.

Cette vigilance rejoint directement l’esprit du RGPD, notamment son article 22, qui encadre les décisions individuelles fondées exclusivement sur un traitement automatisé, y compris le profilage, lorsqu’elles produisent des effets juridiques ou affectent significativement une personne. En RH, cette règle rappelle une idée essentielle : lorsqu’une décision peut impacter un candidat ou un salarié, l’humain doit rester au cœur du processus. ([Eur-Lex][1])


2. Négliger la conformité au RGPD

Les outils d’IA peuvent traiter des données personnelles : CV, parcours professionnels, compétences, évaluations, informations internes, données RH.

Cela implique une vigilance particulière.

L’entreprise doit s’assurer que les données utilisées sont nécessaires, sécurisées, pertinentes et traitées dans un cadre clair.

Le RGPD rappelle que les personnes concernées doivent être informées de l’utilisation de leurs données et pouvoir exercer leurs droits. Dans certains cas, lorsqu’un traitement est susceptible d’engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes, une analyse d’impact relative à la protection des données peut également être nécessaire, conformément à l’**article 35 du RGPD**. ([Eur-Lex][1])

En RH, la conformité ne doit donc pas être vue comme un frein.

Elle est une condition de confiance.


3. Sous-estimer les biais

Une IA apprend à partir de données existantes.

Si ces données sont incomplètes, déséquilibrées ou biaisées, l’outil peut reproduire certaines erreurs.

Dans le recrutement, par exemple, cela peut renforcer des critères de sélection non objectifs.

Or, en France, le Code du travail interdit toute discrimination dans les procédures de recrutement, notamment à travers l’article L.1132-1. Il précise également, à l’article L.1221-6, que les informations demandées à un candidat doivent avoir un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé ou l’évaluation de ses aptitudes professionnelles. ([Légifrance][2])


Cela signifie qu’un outil d’IA utilisé en recrutement doit être pensé avec prudence.

Il ne doit pas créer de discrimination indirecte.

Il ne doit pas élargir inutilement la collecte d’informations.

Et il ne doit pas rendre le processus opaque pour le candidat.

L’IA doit donc être utilisée avec recul, contrôle et esprit critique.


4. Oublier le cadre de l’AI Act

L’AI Act européen repose sur une logique de risque.

Certains systèmes d’IA utilisés dans l’emploi, la gestion des travailleurs et l’accès au travail indépendant peuvent être considérés comme des systèmes à haut risque.

C’est notamment le cas des usages liés au recrutement, à la sélection des candidats, aux décisions affectant la relation de travail, à la promotion, à la rupture du contrat, à l’attribution de tâches, au suivi ou à l’évaluation des travailleurs. Ces éléments sont visés par le Règlement européen sur l’intelligence artificielle, Règlement UE 2024/1689, annexe III, point 4. ([Eur-Lex][3])

Cela ne signifie pas qu’il faut éviter l’IA.

Cela signifie qu’il faut l’utiliser de manière responsable, documentée et encadrée.

La bonne approche n’est donc pas de refuser l’IA.

La bonne approche est de l’intégrer intelligemment.

Pour les entreprises, notamment les TPE et PME, l’IA peut devenir un véritable outil d’aide à la structuration RH.


Elle peut permettre de mieux organiser les données, de mieux anticiper les besoins, de mieux piloter les actions et de gagner du temps sur les missions répétitives.

Mais elle ne remplace ni l’écoute, ni le discernement, ni l’expertise RH.

L’avenir des ressources humaines ne sera pas entièrement automatisé.

Il sera augmenté.


Et c’est dans cet équilibre que se trouve la véritable opportunité :

utiliser l’IA pour renforcer l’humain, et non pour l’effacer.


Pour échanger sur vos enjeux RH, vos pratiques internes ou l’intégration responsable de l’IA dans votre organisation, vous pouvez contacter Jennifer Gnougnou.


Nasrallah Nasrallah – Chargé de marketing et développement commercial – pour HR and Law Consulting | Cabinet de conseil en droit social et RH | Conseil • Expertise • Accompagnement.



 
 
 

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